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Coconut

Voir Lorient et Mourir.

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Une ville inspirante.

Un texte écrit et présenté par Anne-Laure Gahinet le 5 avril, en introduction du 1er concours d’éloquence de La Colloc.
« Voir Lorient et mourir, tel est le sujet qui m’a été confié pour ouvrir cette 1ère édition du concours d’Eloquence de La Colloc.
A l’origine, l’expression c’est, « Voir Naples et mourir ». Les Napolitains vantent ainsi la beauté exceptionnelle de leur ville, estimant que sa découverte est indispensable. Adapter ce proverbe à Lorient vous paraît présomptueux ? Je me tiens devant vous, ce soir, pour vous prouver que Lorient a tout d’une grande, et qu’il serait bien dommage de passer à côté de son charme impétueux.
« Voir » selon la définition du dictionnaire signifie « percevoir quelqu’un ou quelque chose par les yeux, les organes de la vue ». Quant au terme « Mourir », je dirais « Rien ne sert de mourir, il faut mourir à point ». Ce n’est pas de moi, c’est de Jules Renard. Mourir fait partie de la vie. Mourir, c’est refermer une parenthèse.
Cher jury, cher public, ce soir, j’ai décidé de fermer mon dictionnaire et de regarder plus loin. Et à la question Voir Lorient et mourir, je répondrai par la positive : oui, je vous invite fortement à voir et même, oserais-je dire, à percevoir Lorient avant de mourir, un jour.
Avant toute chose, laissez-moi vous faire une confidence. Laissez-moi vous raconter la première fois que j’ai vu Lorient.
Il y a 5 ans, j’habitais encore à Paris. Avec mon compagnon breton mais surtout « marin », nous avions décidé d’emménager ensemble. Quand il a fallu décider de l’endroit où nous allions vivre, la question ne s’est pas posée longtemps ; ce serait près de la mer.
Il m’avait convaincu que Lorient serait la ville qui nous conviendrait à tous les deux. Une ville dynamique, dans laquelle je pourrai me refaire un réseau professionnel, et où nous pourrions avoir un groupe d’amis sympas.
Va pour la théorie. Dans la pratique, comment vous dire… Ma première rencontre avec Lorient, quand nous avons dû choisir notre appartement, a été un petit choc !
Je me souviens que mon « marin » m’avait fait découvrir le quartier Keroman pour trouver notre chez nous. Nous n’étions pas encore descendus de la voiture que mon visage laissait percevoir, larme à l’œil, que ce ne serait pas une option.
Cette belle avenue par exemple, l’avenue de la Perrière, je pensais que c’était une rue de passes, que le soir, si je trainais un peu trop tard, j’allais me faire coincer sur le trottoir et vider de tout mon sang.
Du coup, je lui ai demandé qu’on aille vivre en plein centre-ville, pour que la rupture soit moins difficile pour une pauvre pépette parisienne comme moi. On est donc allés boire un café au croisement cour de la Bôve et quai des Indes. En regardant les passants, les bâtiments, l’environnement, je me suis dit dans mon fort intérieur : « Ma Cocotte, j’espère que tu l’aimes ton marin parce que dans quelques semaines, tu risques de devenir aussi grise que ces immeubles, ta carrière sera aussi fade que l’architecture de cette ville. Adieu les mojitos entre copines, bye bye les virées shopping, tu vas déprimer, perdre ton mec et retourner vivre chez tes vieux à 30 ans. »
Alors peut-être que certains d’entre vous, fraîchement débarqués reconnaissent cette description. Ou pas. En ce qui me concerne, venir vivre à Lorient a exigé que je saute dans le vide. Il faut venir s’y installer tout de suite, pour ne pas avoir le temps de faire marche arrière. Et si possible, y venir au printemps ou en été. C’est quand même plus facile. Pour se projeter.
Et comme je l’ai fait, il y a 5 ans, ce soir, je ne vous demande pas de regarder Lorient une fois pour voir sa beauté. Je vous demande d’observer Lorient plusieurs fois pour voir sa justesse et son courage. C’est d’ailleurs ce qui m’a amenée, aujourd’hui, à vivre dans le quartier Keroman et travailler avenue de la Perrière.

 « Lorient, c’est la pluie qui invite à parcourir la lande en quête de lumières admirables. Il faut savoir s’arrêter pour contempler. »

Au premier regard, Lorient évoque naturellement les voyages, l’océan. On ne peut pas, en effet, parler de Lorient sans penser à l’esprit de conquête et d’aventure fleurant bon les horizons lointains et les mers épicées, parcourues par les navires de la Compagnie des Indes.
Malheureusement, Lorient nous rappelle aussi les navigations hasardeuses ; Je pense par exemple au naufrage du Saint Géran survenu le 18 août 1744. Ce naufrage a été immortalisé par Bernardin de St Pierre dans Paul et Virginie. Ainsi, Lorient est synonyme de grande aventure, de nouveaux horizons et parfois aussi de mort, pour les marins qui l’ont quittée et n’y sont jamais revenus.
Ensuite, pour voir Lorient, il faut bien sûr songer à larguer les amarres, car Lorient n’est pas une ville comme les autres où l’on pourrait facilement tourner en rond. C’est une ville de départs et d’arrivées ; d’envies de large et de promesses de vent. Lorient c’est bien plus qu’une porte, c’est un courant d’air frais venu du large qui semble nous dire « qu’est-ce que tu attends » ?
Georges Brassens, grand amoureux de la Bretagne, nous parlait de ces pays imbéciles où jamais il ne pleut. Lorient, c’est la pluie qui invite à parcourir la lande en quête de lumières admirables. Il faut savoir s’arrêter pour contempler.
Alors oui, il faut sans doute un peu d’imagination pour voir Lorient et peut-être avoir envie d’y revenir pour y mourir un peu.
Car Lorient porte en elle un passé. Une tragédie lourde et difficile. Une histoire violente qui l’a couchée, mise à terre et terriblement humiliée. La Base des sous-marins nous le rappelle tous les jours, car elle représente non seulement la défaite, mais elle est surtout le plus grand édifice militaire jamais construit, par les Nazis, en dehors d’Allemagne. Oui, Lorient est marquée au fer rouge par la guerre. Et pourtant, aujourd’hui, elle s’est relevée, avec panache et fierté.
Car regardez ! Regardez avec quel courage elle se tourne vers l’avenir. Regardez ces lieux remarquables : le Grand Théâtre, la Cité de la voile, l’Enclos du port. Regardez ces familles qui viennent s’y loger et reconstruire des quartiers.
Jean de Rotrou, grand dramaturge et poète français disait, avant même la naissance de Lorient : « On peut voir l’avenir dans les choses passées ».
Regardez-nous ; une bande d’utopistes qui osent voir en Lorient son avenir. Avec cette envie rebelle de changer le monde en construisant quelque chose de durable !
Lorient nous démontre que l’échec est un enseignement, une force, un trait de caractère. Lorient me fascine tant je sens qu’avec elle, tout devient possible. Lorient me fait rêver, m’inspire.
C’est d’ailleurs grâce à elle que nous avons imaginé ce lieu, ou bien encore, cet événement.
Soyons fiers d’avoir vu Lorient pour ce qu’elle est, aventureuse, résiliente et inventive.
Si nous osons voir en Lorient notre avenir, hasardons-nous et voyons l’avenir de Lorient en nous.
Je suis ravie de vous voir tous ici à La Colloc, avenue de la Perrière, je vous remercie de votre attention et je vous souhaite une excellente soirée. »

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