Sport au travail
Quand l’entreprise s’en mêle

Etre assis tue. Enfin presque. Disons que la sédentarité imposée par nos modes de vie, notamment nos façons de travailler, influe négativement sur notre santé. Selon une étude de l’ONAPS (Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (1), la sédentarité est responsable de 3,8% des décès de toutes causes dans 58 pays (incluant la France) soit plus de 400 000 décès par an et de nombreux troubles musculo-squelettiques. Le problème, c’est que le temps passé sans bouger ne cesse d’augmenter, en particulier au travail. Promouvoir l’activité physique et le sport au travail devient donc capital.

Des corps sains pour une entreprise saine

Mens sana in corpore sano. Les compagnies qui appliquent cette citation bien connue, en se préoccupant de la santé de leurs salariés ont tout compris.

D’abord parce qu’une politique sportive au sein de l’entreprise permet une hausse de la productivité. Les arrêts maladie diminuent, les idées nouvelles germent, l’ensemble de la société est stimulé. D’après une étude Santé Canada 2008 (2) , un salarié sédentaire qui commence une activité sportive modérée, soit l’équivalent d’un jogging d’une heure par semaine, améliore sa productivité d’environ 6%. Quant aux salariés actifs pratiquant une activité physique pendant 30 minutes par jour minimum, ils démontrent une inventivité et une efficacité supérieures de 12% aux salariés sédentaires.

Faire du sport ou assister à des événements sportifs renforce également la cohésion d’équipe. En organisant un match de volley ou en programmant la diffusion de la finale de Roland Garros, l’entreprise fédère ses collaborateurs. La performance, mais aussi et surtout l’entraide et la complémentarité, deviennent des valeurs primordiales. Le travail de groupe prend une nouvelle dimension. On encourage l’esprit d’équipe, la motivation, ainsi que l’échange et la communication en général.

Outre les bienfaits à l’intérieur de l’entreprise, l’intégration du sport améliore l’image extérieure de l’entreprise. Près de 8 personnes sur 10 (3) ont une bonne opinion des entreprises proposant du sport dans le cadre du travail. Elles sont perçues comme soucieuses de la santé des salariés, modernes, attractives, dynamiques et innovantes. C’est également un excellent moyen de garder des collaborateurs engagés et d’augmenter l’attractivité de l’entreprise auprès des futurs collaborateurs. Une entreprise qui offre un cadre de vie agréable et sportif fidélise ses salariés.

Comment intégrer le sport en entreprise ?

Voici les solutions les plus courantes mises en place pour intégrer le sport au travail. Les activités se font sur la base du volontariat. Toutes les personnes n’étant pas égales en termes de santé, de temps à consacrer à une activité ou tout simplement d’envie de le faire avec ses collègues de travail.

L’une des options les plus simples à mettre en place reste d’organiser des activités sportives au cours de séminaires ou stages de teambuilding. Ces temps d’entreprise organisés à l’extérieur du lieu de travail, permettent aux équipes de travailler ensemble sur des défis. Le sport remplit tous les critères de cohésion. Le teambuilding est occasionnel et ne demande pas d’investissement lourd à l’entreprise.

Autre idée, pourquoi ne pas financer une adhésion partielle ou complète à une activité sportive extérieure à l’entreprise ? Le comité d’entreprise peut délivrer une subvention (4) , souvent plafonnée à une moyenne de 100 euros par an et par salarié.

La prise en considération de certains événements sportifs est un autre moyen d’améliorer la vie au travail par le sport. La Coupe du Monde de football 2018 a par exemple mobilisé de nombreux Français. Discussions, pronostics, émotions fortes rapprochent les équipes. Loin de considérer cet évènement comme perturbateur, certaines entreprises y ont vu l’occasion de motiver leurs équipes en lançant des pronostics, en diffusant les matchs de la France au bureau ou en laissant partir leurs salariés plus tôt pour qu’ils puissent assister aux diffusions télévisées.

Une solution encore plus engagée est d’aménager les locaux pour favoriser l’activité sportive, en mettant à disposition une salle de sport, voire des cours. Les salariés peuvent alors faire du sport sur le lieu de travail pendant les temps de pause. L’occasion de se défouler et de rencontrer de nouvelles personnes, issues d’autres services par exemple. Cela permet également aux salariés qui n’ont pas le temps de faire du sport après leur journée, de mieux concilier leur vie professionnelle et personnelle. Suivant le budget, une salle de sport avec machine, un espace de yoga, une piscine ou simplement un espace avec quelques tapis et accessoires peuvent être envisagés, à compléter par des sanitaires avec douches et des pauses déjeuners aménagées.

Quelques solutions plus radicales

Certaines entreprises n’hésitent pas à pousser encore plus loin la réflexion sur le thème du sport au travail.
Certaines lancent des challenges ludiques à relever en équipe via des applications (5) . On découvre par exemple, l’expérience sportive connectée, dotée d’un parcours virtuel à réaliser en marchant, courant ou à vélo. Chaque mois les équipes gagnantes sont récompensées. Les salariés suivent les distances parcourues et leurs évolutions sur leur téléphone portable. D’autres applications permettent aux entreprises de créer un réseau social interne, sur lequel les salariés cumulent des points à chaque activité physique ou sportive réalisée. On peut également y partager les photos de ses exploits sportifs.

La motivation pour le sport peut même être financière. Ainsi, l’entreprise américaine Casper(6), spécialisée dans la vente de matelas, offrent des bonus aux salariés qui enregistrent leur activité sportive et leur sommeil dans une application mobile. Une prime pour chaque heure de sport et une nuit de sommeil complète leur est attribuée. Leurs parcours sportifs sont vérifiés en les géolocalisant. Ils perçoivent 17 centimes d’euro par kilomètre de marche, 1,70 euro par kilomètre à vélo et 1,70 euro par nuit de sommeil complète. Leur cagnotte mensuelle est plafonnée à 190 dollars (environ 170 euros). Au mois de mai, 69% des salariés de la start-up ont pu bénéficier d’une prime liée à leur activité physique.

Enfin, certaines entreprises suédoises font le choix, assez radical, d’imposer le sport à tous leurs salariés. C’est le cas de l’entreprise publique de distribution de l’eau Kalmar Vatten ou de la marque de vêtements Björn Borg(7) . Leurs salariés ont l’obligation de s’entraîner physiquement une heure par semaine. Ceux qui ne se plient pas à la règle ne sont tout simplement pas recrutés. On considère qu’ils ne souhaitent pas être intégrés à la culture d’entreprise. Chaque membre de la communauté se doit d’être en forme, un impératif qui remonte aux années 1930 lorsque prospérait le culte de la jeunesse, de la vigueur et de « l’hygiène sociale ». L’heure de sport obligatoire, en groupe le plus souvent, est censée rapprocher les différents services et estomper les relations hiérarchiques.

Une manière un peu extrême – on vous l’accorde – de nous rappeler que la qualité principale du sport et de nous mettre tous sur un pied d’égalité. Entretenir sa santé et son estime de soi, voir ses collègues sous un angle différent, partager des moments de complicité inattendus, autant d’effets bénéfiques qu’il serait dommage de négliger.

Team Jolokia, le sport comme élément fédérateur

Nous sommes allées rencontrer Pierre Meisel, co-fondateur de l’association Team Jolokia, qui mène des projets de course au large autour de la question de la diversité.
Le sport se vit au quotidien au sein de l’équipe de navigants Team Jolokia : « Pratiquer une activité sportive en groupe change les positionnements à l’intérieur du groupe, les rapports hiérarchiques modifient les équilibres et les égalités du groupe. Cela permet de faire passer beaucoup de messages sur les règles, les objectifs et le collectif. » Du côté du public de Team Jolokia, comme les entreprises ou les scolaires, c’est l’approche santé qui est mise en avant. « Le sport est désormais reconnu comme une activité à part entière dans une entreprise. Nous travaillons sur le parallèle entre le management dans une situation sportive et au sein d’une équipe de travail. On explique que malgré les appréhensions, on peut se dépasser. Grâce au sport, on crée un collectif dans lequel tout le monde a sa place. »

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Sources :

  1. Article paru dans Le Figaro, le 22/01/2018, à lire ici. 
  2. Article paru dans Le club des CHO, le 28/05/2018, à lire ici. 
  3. Article paru dans My Happy Job en 2017, à lire ici. 
  4. Article paru sur le site de l’Agence nationale pour les Chèques Vacances, à lire ici. 
  5. Article paru sur My Happy Job, en 2017, à lire ici. 
  6. Article paru dans Slate, le 01/07/2017, à lire ici. 
  7. Article paru dans L’Obs, le 28/02/2018, à lire ici. 

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