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L’Art invisible
[Job] Peintre en lettres

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D’une main assurée, Morgane trace une courbe. Son pinceau plat court sur le mur laissant derrière lui un trait noir et brillant.  Sous nos yeux, des lettres se forment, puis des mots. Morgane Côme est peintre en lettres, un métier artisanal qui revient sur le devant de la scène depuis quelques années.

« L’intérêt de la peinture en lettres, c’est qu’elle s’intègre dans le bâtiment ; elle est pensée en fonction de l’architecture. Mon but, c’est qu’on ait l’impression que cela a toujours été là. Il ne faut pas dénaturer un lieu. Pour réaliser une enseigne, il faut aller sur le terrain, observer l’orientation du soleil, le recul possible vis-à-vis de l’enseigne. C’est un travail très concret, je retrouve ainsi le côté tangible de mon métier de graphiste. »

Une passion pour l’image

Avant d’être peintre en lettres à Quimperlé (29), Morgane Côme a exercé pendant plusieurs années en tant que graphiste dans des agences londoniennes. La jeune femme, originaire d’Epinal dans les Vosges – cela ne s’invente pas – est depuis toujours passionnée par l’image et ses déclinaisons. Semi-autodidacte, elle quitte la France en 2010 pour la capitale britannique, avec en tête de faire ses armes dans le milieu du graphisme. De start-up en agences internationales, elle gravit les échelons et enchaîne les expériences. Devenue chef de projet sur des budgets aux montants indécents, elle cherche un nouveau défi et se met en quête d’une expression plus manuelle de sa passion graphique. Au cours d’un voyage à New York, elle découvre la peinture en lettres ; c’est un coup de cœur. « J’ai alors remarqué que la peinture en lettres était partout. Sans que l’on y fasse attention, une sorte d’art invisible. » Pendant des mois, elle se forme à cette technique particulière. Elle apprend le travail minutieux de tracé – chaque lettre étant une association de traits de pinceaux, recherche la courbe parfaite, apprend le maniement des outils très spécifiques, étudie l’histoire du lettrage. Tout en continuant de travailler comme graphiste, elle décroche ses premières missions de peintre en lettres, une fresque chez Facebook et la déco intérieure d’un disquaire londonien.

En 2016, elle décide de rentrer en France. « Il me semble que l’architecture française se prête plus à cet art. Ici, on protège les bâtiments, on recherche l’harmonie. La culture graphique française me passionne. » Après un passage en couveuse d’entreprises, elle ouvre un atelier à Nancy, mais décide finalement de venir en Bretagne. Outre la météo plus clémente, la richesse patrimoniale de la région l’attire particulièrement. La multitude de petites villes dynamiques, la culture populaire et l’artisanat très présent forment un terreau propice à son art graphique.

Artisanat éco-responsable

Depuis son installation à Quimperlé en 2019, son carnet de commandes ne désemplit pas et s’étend de Nantes à Brest. Grâce à ses deux casquettes, graphiste et peintre en lettres, Morgane peut aussi bien reproduire un visuel à l’identique que réaliser un lettrage unique et sur-mesure. Si elle travaille sur tous les supports, voitures et bateaux anciens, miroirs, ardoises, ce sont les enseignes qui la font connaître. « Je travaille dehors ; les gens me voient exécuter les enseignes, ils viennent vers moi. C’est un métier de rencontres, de contact. J’aime proposer une création entière, travailler sur toute l’identité visuelle, en amont de l’enseigne. Le lettrage doit avoir un sens, être connecté au sujet, au projet. » Le caractère zéro déchet de ce type d’enseigne attire de plus en plus de commerces. Pas de matériaux polluants – plastique, métal -, seuls un pinceau, des feuilles pour le poncif (qui permet le tracé du lettrage) et de la peinture à l’huile. Et surtout une enseigne qui dure dans le temps, ne s’altère pas, ne se décroche pas. La bonne nouvelle, c’est que l’art délicat de la peinture en lettres n’est pas réservé aux nantis. Morgane met un point d’honneur à être accessible au plus grand nombre, en adaptant le lettrage, les couleurs ou les ajouts. Parmi ses récentes réalisations, L’Atelier d’Oriant, Dynamo et Café Code O à Lorient, le Café Primel à Trégastel ou encore L’épicerie La Bonne Dose de Ploemeur. « Bien sûr, je travaille dans une très belle région, où les bâtiments sont souvent préservés, mais l’idée est aussi d’aller vers des endroits moins évidents, et d’amener de la beauté partout. »

  • Pour en savoir plus, rendez-vous dans son atelier partagé avec d’autres artisans de l’image, Monoro, au 3 rue Isole – Quimperlé – 06 89 66 54 80 – morganec.fr 
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