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Coconut

Fibers Fabric
Valoriser les déchets agricoles pour consommer durablement

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Déjeuner dans une assiette en fibre de banane et isoler sa maison avec de l’ananas, ça vous tente ? Derrière l’exotisme de ces pratiques se cache une idée brillante, qui réunit les notions de consommation respectueuse, de valorisation des déchets agricoles, d’innovation technologique et d’augmentation du niveau de vie des populations rurales. Rencontre avec les têtes pensantes de Fibers Fabric, Marion et Anne-Claire.

Coconut : Quel est le principe de Fibers Fabric ?

Anne-Claire : ​C’est un modèle d’économie circulaire, dans lequel on valorise les déchets des cultures de bananes et d’ananas, en les transformant en matière première utilisable. Les feuilles et troncs habituellement détruits après les récoltes sont récupérés  pour en extraire les fibres végétales.  On répond ainsi au problème de gestion des déchets, tout en créant un revenu complémentaire pour les agriculteurs. Cela leur permet également d’embaucher localement et d’enrayer l’exode rural. Dans un second temps, on développe des éco-produits qui améliorent nos pratiques de consommation.

Marion : L’idée est de développer un modèle complet durable et solidaire. On utilise les fibres comme matière première pour fabriquer des produits, quant au reste de la matière verte disponible après extraction, elle est valorisée en compost et biogaz, ce qui permet de ré enrichir la terre. C’est le principe d’une agriculture durable.

Coconut : On peut dire qu’il y a deux grands axes dans votre projet : la valorisation des déchets d’un côté et la fabrication de produits substituts de l’autre ?

Marion : Oui tout à fait, en amont on travaille à l’élaboration de notre modèle circulaire, qui est pensé pour apporter des solutions à des problématiques rurales (gestion des déchets agricoles, niveau de vie des agriculteurs et exode rural). Le second volet est effectivement la fabrication de biens de consommation durables. Si la première phase est destinée aux pays agricoles en zones tropicales, la seconde phase s’adresse plus à l’Occident. Les substituts aux produits synthétiques, notamment les plastiques, commencent notamment à investir les marchés européens. Ces fibres ont une réelle valeur marchande et peuvent être intégrées dans la fabrication d’éco-produits. En amont, on répond au besoin des agriculteurs, en évacuant leurs déchets et en les valorisant, et en aval, on intègre le marché européen avec des substituts pour proposer une alternative aux produits issus de la pétrochimie.

Coconut : Comment avez-vous eu cette idée ?

Marion : J’ai vécu au Cameroun pendant plusieurs années ; je travaillais dans l’agro-industrie. Autant dire que j’étais déjà sensibilisée à la question de la valorisation des déchets agricoles. En parallèle, le potentiel des fibres végétales m’a interpellée assez tôt. Il y a deux ans j’ai donc commencé à étudier plus sérieusement la question et c’est ainsi que  J’ai rencontré notre premier partenaire, une coopérative qui cultivait la banane et l’ananas et qui pratiquait  déjà une agriculture  raisonnée. Ils ont été intéressés par cette nouvelle approche pour valoriser leurs déchets. Et c’est ainsi que l’aventure a commencé.

Coconut : Quelles ont été les premières étapes d’élaboration de Fibers Fabric?

Marion : Pendant un an et demi, j’ai collecté des informations, échangé avec la coopérative, lancé des partenariats avec des écoles d’ingénieurs en France et au Cameroun, commencé à réfléchir à la R&D (recherche et développement) en France. Et j’en ai parlé à Anne-Claire, avec qui j’avais fait mes études.

Anne-Claire : Je travaillais dans le transport maritime de produits pétroliers et je commençais à me dire qu’il fallait que je trouve un sens à mon travail. Après six ans à fond, j’avais envie d’autre chose. Mon curseur de priorités s’était déplacé, je voulais travailler en accord avec mes principes de consommation responsable. C’est ce qui nous réunit, Marion et moi, en plus d’avoir des profils assez complémentaires.

Marion : En vivant dans une grande ville d’Afrique Centrale comme Douala, dont l’activité économique est très importante, on se prend la problématique environnementale en pleine figure tous les matins. Des amas de déchets bordent les rues. Ici, c’est le capitalisme débridé, sans règles, sans limites. On vit avec tous les dégâts que causent les grosses industries. Cela fait d’autant plus de sens de mettre en place des projets de développement durable dans ce type d’endroit.

Coconut : Pourquoi avez-vous choisi Lorient pour faire vos recherches techniques ?

Anne-Claire : Je m’étais installée à Lorient récemment et j’ai donc commencé à chercher des appuis scientifiques et techniques dans la région. Le hasard fait bien les choses puisqu’à l’Université de Bretagne Sud (UBS) de Lorient, il y a un gros pôle de recherche sur les fibres naturelles et les biomatériaux. Cela fait des années qu’ils cogitent notamment sur les fibres de lin et de chanvre. Nous sommes allées leur parler de notre projet et bien que les fibres de bananier et d’ananas ne soient pas des matières premières locales, cela reste des fibres végétales intéressantes à étudier.

Marion : A Lorient, il y a des filières spécialistes, avec des universitaires qui mènent des thèses centrées sur les problématiques qui nous préoccupent. C’est idéal pour notre développement. On veut que Fibers Fabric soit basé ici pour mener toutes nos recherches et développer nos produits sur le marché européen. En plus de ce soutien scientifique, nous sommes suivies par Audélor qui aide les entreprises innovantes comme la nôtre, à se développer sur le territoire lorientais.

Coconut : En quoi les fibres de bananes et d’ananas sont-elles innovantes par rapport au lin ou au chanvre ?

Marion : La différence avec le lin et le chanvre présents sur le marché européen, c’est que les fibres de bananes et ananas sont des coproduits  de cultures  vivrières. C’est-à-dire qu’on prend notre matière première dans des cultures qui permettent à la population de se nourrir. Cet aspect est capital dans notre vision des choses. En d’autres termes, « on ne fait pas pousser pour produire ».

Coconut : Quelles sont donc les applications possibles avec ces fibres ?

Marion : Le papier, les emballages, la vaisselle jetable et biodégradable, les cosmétiques et le textile. Pour l’instant, on a mis au point des sachets en papier pour les fruits et légumes, à destination des supermarchés camerounais. On a décidé de tester le produit directement sur place, car il y a un besoin particulier là-bas lié à des contraintes réglementaires. Les machines sont sur place, on est en phase de lancement de production. Localement, cela crée de l’emploi et pour nous c’est une façon de tester le partenariat avec la coopérative, notamment sur la logistique d’acheminement des déchets. Un prototype pour thermoformer de la vaisselle jetable biodégradable est également en cours de fabrication. Quant aux autres applications, on espère pouvoir vous en dire plus dans les prochains mois.

Coconut : Votre concept est en plein dans l’ère du temps, cela doit vous aider à avancer ?

Marion : On se rend compte que, depuis quelques temps, la considération pour le développement durable prend de l’ampleur auprès du grand public. La prise de conscience s’accélère et avec elle, les nouvelles initiatives. On mène donc également une veille très active sur ce qui se fait déjà, ce qui est en cours de réalisation, etc… La transition dans les mentalités est enclenchée, c’est top, mais cela exige d’aller très vite.

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