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En verve et contre tous
Aymeric Auroux, candidat du Concours Eloquence Lorient 2019

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Si vous étiez au CDDB le 23 avril, vous l’avez probablement remarqué. Chemise impeccable, regard bleu cerclé de lunettes rondes, large sourire et débit frénétique. Aymeric, c’est le candidat qui a présenté Nelson Mandela comme un manipulateur de haut vol, et non comme le pacifiste nobélisé qu’on attendait. Ce brillant candidat du Concours d’éloquence 2019, nous raconte comment il s’est laissé prendre au jeu de la rhétorique.

L’assistance est d’abord restée coite. Dans un premier temps, les mots d’Aymeric ont fait leur chemin entre nos neurones fébriles en instillant le doute. Huit minutes d’argumentation plus tard, nous étions conquis, ralliés à sa cause et convaincus que Mandela était en fait une arnaque. Une affirmation plutôt audacieuse, pour ne pas dire risquée.

Le meilleur dans l’histoire, c’est qu’Aymeric Auroux, quand il n’est pas sur la scène du CDDB, est plutôt d’accord avec la citation de Mandela « Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi et cet ennemi devient votre associé ». Il avait même commencé par écrire la version affirmative de son discours, dans laquelle il soutenait les propos de Mandela et validait sa position. Et puis, deux jours avant les présélections, il a tout changé. Il a écrit une deuxième version, négative cette fois. « Quand tu choisis d’argumenter contre ton opinion, c’est presque plus facile, car tu dois d’abord te convaincre toi-même. Et tu te rends mieux compte des limites de ton argumentaire. » Et son discours a marqué les esprits. Incisif, drôle et percutant. Et en même temps, incarné. Pour Aymeric, être un bon orateur, « c’est avoir la capacité de mettre de l’émotion dans ce que l’on dit. Comme Mandela, par exemple. » Fichtre. L’homme est taquin.

Monter sur scène

A trente-deux ans, Aymeric est directeur de cabinet de la mairie de Lanester. Ce poste le confronte régulièrement à la prise de parole, mais elle est informelle et sur des sujets concrets, qu’il traite au quotidien. Rien à voir donc, avec le concours d’éloquence. L’argumentation n’était pas, pour lui, la partie la plus compliquée ; monter sur scène, en revanche, relevait du défi. « J’avais assisté à la première édition du concours, l’année dernière et ça m’avait donné envie d’essayer. Je voulais voir si j’étais capable de le faire. Les ateliers me tentaient bien aussi, je me suis dit que j’allais apprendre des choses. »

Contre toute attente, la citation de Mandela n’était pas son premier choix parmi les sujets proposés. Aymeric partait plutôt sur l’émancipation des femmes, mais Amy et Islande (deux autres candidates) sont passées avant lui – la sélection des sujets se faisait par ordre d’inscription. Et finalement, ce n’était pas un problème pour lui. « Mandela, cela me parlait bien, même si je ne le connaissais pas vraiment. (…) En revanche, la seconde partie de mon discours, sur le travail et l’union européenne, était un sujet que je maîtrisais déjà. »

Répétitions et saut en parachute

« Quand je me suis inscrit, on ne savait pas encore que ça se passerait au CDDB. Là, j’ai été un peu pris de court. C’était d’un coup très impressionnant. » Pendant les quinze jours qui ont précédé le concours, Aymeric a répété son texte une à deux fois par jour, en solo – car répéter devant ses amis le stressait trop (!). Le jour J, il avait ses notes sous les yeux. Et il a eu un blanc. « C’était ma plus grosse crainte. De buguer et de paniquer complètement. Je savais que j’avais une rupture dans mon texte à cet endroit précis et que je risquais de buter. » Pourtant, ce bug, le public l’a ressenti comme une humanité, touchante et fragile. Et Aymeric s’est attiré la sympathie du plus grand nombre.

Quand on lui demande s’il se prêterait à nouveau à l’exercice, la réponse vient très vite :
« Maintenant, je sais que c’est bon, je peux parler en public. Par contre, je ne pense pas que je le referais. C’est comme sauter en parachute, c’est bien de le faire une fois. Mais pas besoin de recommencer ! » De cette expérience, Aymeric retient aussi les autres candidats – il en revoit d’ailleurs certains.
« C’était une bonne ambiance entre nous, avant de monter sur scène, l’une des candidates nous a même fait faire quelques exercices de relaxation qui ont bien aidé. » Dans un sourire, il ajoute « J’ai aussi bu un verre de whisky, pour me donner du courage. » Un conseil pour les futurs candidats ? Sur cette question, Aymeric sèche – une fois n’est pas coutume.
« Je m’aperçois qu’on était tous assez différents, on avait tous un défi personnel à relever et cela me parait difficile de donner un conseil. La seule chose, finalement, c’est de se faire plaisir et d’être soi-même. »  Et d’y ajouter une touche d’audace.

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